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Hans Zimmer

(2.95)


né le 12 septembre 1957 à Francfort, en Allemagne. Naturalisé américain

Tantôt adorée, tantôt détestée, la musique de Hans Zimmer a pourtant fait date dans l'histoire de la musique de film. A près de vingts ans de carrière et plus de cent films mis en musique, il est l'une des figures majeures de la musique de film actuelle. Particulièrement réputé dans la musique de blockbusters hollywoodiens, grâce à laquelle il a connu (et connaîtra encore) ses heures de gloires, il est aussi très à l'aise dans la musique de comédie, le drame (notamment le film de guerre), et le dessin animé à grand spectacle. Zimmer est d’ailleurs directeur musical des studios d’animation Dreamworks.

Cette réussite s'explique dans sa manière très personnelle d'adapter le leitmotiv hollywoodien aux films modernes. Hans Zimmer est un pionnier dans son genre : on peut dire qu'il est l'un des derniers inventeurs de la musique de film.

Hans Zimmer est en effet considéré comme le compositeur essentiel dans l'introduction du style dit "synthético-orchestral" dans la musique de film hollywoodienne : il allie parfaitement synthés et orchestre au sein de partitions grandioses le plus souvent construites autour de thèmes bien ficelés et efficaces. Zimmer est un adepte de la fusion des genres et des styles : tout en mélangeant orchestre et samples numériques, il introduit aussi parfois la voix dans sa musique, et à l’occasion fusionne l’ensemble avec des instruments traditionnels, comme le duduk (sorte de flûte arménienne) dans Gladiator par exemple, son plus gros succès jusqu’à ce jour, composé avec la chanteuse Lisa Gerrard (du groupe australien Dead Can Dance), qui prêt sa voix à la partition (ils collaboreront encore ensuite sur Mission: Impossible 2 et Les Larmes du Soleil).

Parallèlement à cette démarche très classique qui consiste à utiliser et décliner des thèmes mélodiques reconnaissables, à l'instar des maîtres de l'âge d'or, il se permet à l'occasion quelques expérimentations audacieuses, surprenant plus d'une fois ses admirateurs comme ses détracteurs. Ainsi, il imagine une ambiance musicale éthérée et méditative pour La Ligne Rouge de Terrence Malick (1998) qui influencera par la suite de nombreux films de guerre. Ou encore, dans une démarche de "conceptualisation" de la musique de film, propose quelques partitions radicales dans leur ton comme dans leurs sonorités dans par exemple The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008) où il propose une musique proche du "sound-design", quasi-bruitiste, anti-mélodique.

Hans Zimmer est né en 1957 à Falkenstein, près de Francfort en Allemagne. Dès l’âge de trois, il assiste à des concerts classiques et débute des études musicales avec le piano familial. Mais au bout de deux semaines, son professeur jette l’éponge : le petit Hans n’en fait qu’à sa tête ! Le jeune Hans Zimmer continue donc le piano tout seul, tandis qu’il rentre au collège de Königstein. Durant son adolescence, il s’intéresse de plus en plus à la musique électronique, alors naissante, pour finalement aller s’installer à Londres en 1979, à l’âge de 22 ans. Il commence à écrire des jingles pour le studio « Air Eidel » (où il rencontrera plus tard Gavin Greenaway, Patrick Doyle et John Powell), et fait équipe avec Trevor Horn et Geoff Downes pour produire le succès mondial « Video Killed the Radio Star » et l’album correspondant, « The Age of Plastic ». Hans Zimmer y assure notamment les claviers.

En 1980, est l’un des tout premiers à aborder l’emploi des ordinateurs sur scène, en travaillant avec Warren Cann du groupe anglais « Ultravox ». Il devient une star en Italie, au sein du groupe d’avant-garde « Krisma » (avec le tube Many Kisses), avant de retourner à Londres pour s’atteler à une nouveau projet avec Warren Cann. Ils louèrent le Planétarium de Londres pour une série de concerts employant 5 fairlights.

Très peu de temps après, Hans rencontre le compositeur anglais Stanley Myers et commence à travailler avec lui : ensemble, il composeront notamment Moonlighting de Jerzy Skolimowski (avec Jeremy Irons, 1982), Insignificance (1985) et Castaway de Nicholas Roeg (avec Oliver Reed, 1986), cinéaste anglais avec qui Hans Zimmer collaborera une ultime fois dix ans plus tard (Two Deaths, 1995). Hans Zimmer signe également quelques morceaux synthétiques sur le film My Beautiful Laundrette de Stephen Frears (1985). Lancé dans l’industrie cinématographie britannique, il compose son premier score solo en 1987, pour A World Apart (Un monde à part) de Chris Menges, film sur l’apartheid. La même année, il travaille en tant que producteur avec le célèbre compositeur japonais Ryuichi Sakamoto au sein de la partition du film Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci, qui remporte l’Oscar de la meilleur musique de film.
 

Sa carrière hollywoodienne se lance en 1989, après quelques partitions pour Bernard Rose (Paperhouse – La Maison de Papier, toujours avec Stanley Myers) ou Andrew Birkin (Burning Secrets). La femme du cinéaste américain Barry Levinson remarque sa musique pour A World Apart, qui mêle agréablement thème simpliste au synthétiseur et chants africains, et suggère à son mari le nom de Hans Zimmer pour composer la musique de Rain Man (avec Tom Cruise et Dustin Hoffman). La musique du film est un vrai succès, et Hans Zimmer est nominé pour la première fois à l’Oscar de la meilleure musique de film. Il décide alors de quitter Londres et le studio de Stanley Myers, et vient s’installer à Los Angeles, avec la ferme intention de conquérir Hollywood !

C'est à cette époque qu'il fonde le studio MEDIA VENTURES avec son ami Jay Rifkin à Santa Monica, dans la banlieue de Los Angeles. Hans Zimmer s’entoure d’une équipe d’amis et de collaborateurs de longue date pour l’aider dans ses - déjà nombreux – projets de films américains qui pleuvent après sa nomination à l’Oscar pour Rain Man. Parmi ceux-ci, l'anglais Nick Glennie-Smith, qui collaborera de nombreuses années avec Hans Zimmer. Il y introduit également de jeunes compositeurs européens et américains afin de les "pistonner" à Hollywood, et ainsi leur donner la chance qu'il a lui-même eu en composant la BO de Rain Man en 1988. Le studio développe un véritable travail d'équipe entre compositeurs, chose absolument unique et nouvelle à cette époque, et aujourd'hui encore très peu répandue.

Suite à sa partition pour Black Rain (Ridley Scott, 1989), où nombre de producteurs et de réalisateurs n'ont vu que le côté efficace et commercial de son style d'action, Zimmer se voit proposer Days of Thunders (Jours de Tonnerre, Tony Scott, 1990), Backdraft (Ron Howard, 1991), ou encore Drop Zone (1994). Autant de musiques qui comportent quelques bons thèmes, mais dont l'intérêt artistique manque à l'appel. Entre temps, Zimmer écrit quand même quelques musiques remarquables aux intentions moins commerciales, comme le magnifique Pacific Heights (Fenêtre sur Pacifique, John Schlesinger, 1990), Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991), Regarding Henry (A propos d'Henry, Mike Nichols, 1991), Radio Flyer (Richard Donner, 1992), The Power Of One (La Puissance de l'Ange, John G. Avildsen, 1992), Toys (Barry Levinson, 1992) ou The House of the Spirits (La Maison aux Esprits, Bille August, 1993). Il y développe une sensibilité mélodique différente, une veine plus dramatique, beaucoup plus subtile et intimiste, alliant morceaux rythmés et passages atmosphériques. C'est dans ces musiques discrètes qu'on découvre un Hans Zimmer raffiné, radicalement en-dehors des sentiers battus et de la musique plus radicale et "efficace" qu'il a pu développer parallèlement.

C'est en 1994 que sa première BO pour un film d'animation va bouleverser le reste de sa carrière : il met en musique The Lion King (Le Roi Lion), et reçoit coup sur coup un Grammy Award, un Golden Globe et un Oscar pour ce score orchestral très inspiré, qui révolutionne également le genre, avec une approche beaucoup plus « sérieuse » et dramatique du dessin animé, avec des passages d’action violents et sombres. En ce sens, le morceau « To Die For… » qui illustre la scène de la mort du roi Mufasa, piétiné par des gnous, est un véritable tour de force musical, fort et poignant, qui fera date.

Il signe par la suite quelques grandes musiques pour des films d'action produits par Jerry Bruckheimer : Crimson Tide (USS Alabma, Tony Scott, 1995) et Rock (Michael Bay, 1996), deux musiques de référence qui vont définitivement le placer comme l'un des meilleurs compositeurs de musique d'action d'Hollywood, puis il enchaîne dans cette lignée avec Broken Arrow (John Woo, 1996) et The Peacemaker (Le Pacificateur, Mimi Leider, 1997).

Ceci ne l'empêche pas de signer par ailleurs la sublime musique de Beyond Rangoon (Rangoon, John Boorman, 1995), magnifique partition qui prouve une fois de plus qu'il ne manque pas de sensibilité, ou encore Nine Months (Neuf mois aussi, Chris Colombus, 1995), musique naïve mais touchante, et As Good As it Gets (Pour le pire et pour le meilleur, James L. Brooks, 1997), excellente musique de comédie alliant ironie et romantisme, à l'orchestration légère et subtile.

C'est en 1998 qu'il compose sa plus grande oeuvre (plus de 6 heures de musique démo) pour le film de Terrence Malick : The Thin Red Line (La Ligne Rouge). Seulement deux heures seront utilisées dans le film, mais cette partition pleine d'émotion et de réflexion s'avère être malgré tout une BO très cohérente sur les images et très profonde. Une vraie symphonie sur la guerre, la vie, la mort et la relation entre l'homme et la nature. Un chef-d'oeuvre musical bourré de subtilités, son oeuvre la plus importante et la plus personnelle à ce jour.

Il enchaîne la même année sur un nouveau gros projet de film d'animation : Le Prince d'Egypte. Le résultat est un peu naïf et sirupeux, mais on y retrouve tout le génie de Zimmer pour les mélodies marquantes et le lyrisme survolté dont il a le secret. Le film est néanmoins un gros succès et Hans Zimmer devient le directeur musical des studios Dreamworks, poste qu'il occupe encore actuellement. Dès lors, chaque nouveau film d'animation réalisé par le studio (initié par Steven Spielberg) est mis en musique par l'un des compositeurs de Media Ventures : quand ce n'est pas Zimmer lui-même qui signe la BO, c'est l'un de ses collègues de studio, tels que Harry Gregson-Williams ou John Powell.

C'est en 2000 qu'il retrouve Ridley Scott pour ce qui sera définitivement son succès planétaire : Gladiator. Entouré de collaborateurs talentueux (Lisa Gerrard, la chanteuse australienne du groupe Dead Can Dance, et le jeune compositeur Klaus Badelt), Hans Zimmer va signer là une partition grandiose, à la fois complexe et accessible, où ses mélodies inoubliables côtoient des passages d'action toujours aussi maîtrisés et aussi des morceaux orchestraux plus complexes ou plus atmosphériques. La BO de Gladiator devient le plus gros succès du genre (plus de 1.500.000 exemplaires du CD vendus de par le monde), et figure désormais parmi les grands classiques de la musique de film.

Zimmer enchaîne par la suite Mission: Impossible 2 (John Woo, 2000), exercice de style à l'ambiance hispanique fait à la va-vite (15 jours !) avec son ami guitariste Heitor Pereira, puis il compose la partition du film suivant de Ridley Scott : Hannibal. Une musique très raffinée et d'une grande beauté, qui décrit subtilement tous les pans de la personnalité d'Hannibal Lecter exploités dans cette suite originale et morbide du Silence des Agneaux.

En Octobre 2000, Hans Zimmer donne un concert d'ouverture au Festival International du Film de Gand, en Belgique. Un concert unique et mémorable pour un compositeur qui avait plutôt l'habitude de se cacher derrière les claviers de son studio californien. Accompagné de ses collaborateurs de toujours (Lebo Morake, le chanteur africain qui écrivit les passages vocaux du Pouvoir de l'Ange et du Roi Lion, Lisa Gerrard, sa chanteuse attitrée sur Gladiator et M:I 2, Heitor Pereira, guitariste sur les même films, ainsi que Pete Haycock, interprète de guitare électrique sur Thelma & Louise, et John Powell, compositeur de Volte/Face et de Chicken Run), Hans Zimmer a donné un concert exceptionnel et surprenant d'éclectisme, avec l'aide de l'Orchestre National de la Radio Flamande dirigé pour l'occasion par Dirk Brossé. L'enregistrement de ce concert est disponible sous la forme d'une très belle compilation éditée chez Decca Records sous le titre : The Wings For A Film : The Music of Hans Zimmer.

Les années suivantes seront pour Zimmer celles de toutes les expériences cinématographiques : après le succès étourdissant de Gladiator et d'Hannibal, Zimmer s'est laissé emporté par toutes sortes de petits projets réalisés avec ou sans Klaus Badelt, alors récente recrue de son studio Media Ventures. Pour un dollar symbolique, il accepte d'écrire la musique de An Everlasting Piece pour son ami Barry Levinson (2000), film à petit budget, où il rassemble plusieurs amis musiciens pour créer un véritable album de musique irlandaise aux accents folkloriques : très étonnant !

Il compose ensuite les musiques de The Pledge (Sean Penn, 2001), puis Invincible (Werner Herzog, 2001) avec Klaus Badelt, puis Black Hawk Down (La Chute du Faucon Noir) pour Ridley Scott, début 2002. Autant de BO déroutantes par leur différence de genre, souvent retenues, atmosphériques, et paradoxalement assez peu mélodiques, parfois même quasi-expérimentales (fusion de sonorités électro avec de la musiques traditionnelle dans Black Hawk Down). Un peu de vent frais dans la carrière de Zimmer, après nombre de gros succès.

En 2001, il accepte de composer la musique de Pearl Harbor pour Michael Bay, en espérant approfondir son genre favori : le film de guerre, y voyant ici le dernier volet d’un triptyque commencé avec USS Alabama et La Ligne Rouge. Il y développe un thème romantique subtil mais cependant assez sclérosé, car trop travaillé : Zimmer est bien meilleur lorsqu'il compose spontanément, librement. L'ensemble demeure peu original et tombe dans de nombreux clichés, que Zimmer reconnaît lui-même (la faute à un film lui-même raté). Cette musique n'a pas été l'expérience désirée.

Grosse déception également courant 2002 avec sa musique pour le dessin animé de Dreamworks : Spirit, l'étalon des plaines. Si Zimmer parvient à écrire encore une fois quelques mélodies agréables à écouter, l'ensemble n'est pas très inspiré et ressemble plus à de la mise en musique d'images sirupeuses pour enfants de 4 à 6 ans... L'idée d'écrire une musique pour un film ne comportant aucun dialogue était tentante, mais la présence des chansons abominables de Bryan Adams tout au long du film fait retomber l'intérêt à zéro.

Quelques mois plus tard, Zimmer compose néanmoins une excellente musique, très atmosphérique et angoissante, pour The Ring (Le Cercle, Gore Verbinski, 2002), le remake américain (plutôt réussi) du célèbre film d'Hideo Nakata, ainsi qu'une partition légère et parfumée de nostalgie pour Matchstick Men (Les Associés, Ridley Scott, 2003), où Zimmer s'inspire de Nino Rota et des sonorités de tango du groupe français Gotan Project avec un style de musique de comédie rappelant beaucoup son travail sur As Good As it Gets (James L. Brooks, 1997). Il enchaîne avec un nouveau film de guerre (son genre de prédilection) sur Tears of the Sun (Les Larmes du Soleil, Antoine Fuqua, 2003). Le résultat est davantage dû à un excellent travail d'équipe (avec notamment Lebo M, Heitor Pereira, Lisa Gerrard et Steve Jablonsky) plutôt qu'à Hans Zimmer seul, comme à l'habitude du studio MEDIA VENTURES. L'ensemble n'est pas extraordinaire, mais fonctionne à merveille dans le film tragique de Fuqua, et comporte quelques séquences mémorables entre deux moments plus atmosphériques.

Fin 2003, il met en musique The Last Samuraï (Le Dernier Samouraï), fresque épique d'Edward Zwick (avec à nouveau Tom Cruise à l'affiche). Hans Zimmer s'en sort plutôt bien, avec une musique subtile et raffinée, très agréable à écouter et assez atmosphérique. Probablement pas un chef-d'oeuvre d'originalité, mais certainement une oeuvre mûre et profonde, qui permettra au néophyte de se faire une idée assez précise du "style zimmerien" des années 2000.

En 2004, il retrouve Antoine Fuqua avec une partition très remarquée : King Arthur (Le Roi Arthur). C'est un certain "retour aux sources" pour Hans Zimmer, car il introduit une nouvelle fois de nombreux thèmes emphatiques et des choeurs épiques qui ne sont pas sans rappeler USS Alabama, l'une de ses références. Malgré ce manque de nouveauté évident, ce score recèle de nombreuses subtilités (comme toujours chez Zimmer) et une vraie profondeur sur les images, malgré le fait que le film se vautre du début à la fin, autant sur le plan historique que formel.

Début 2005, il nous livre Spanglish, une nouvelle musique de comédie légère et subtile de James L. Brooks (avec Adam Sandler), dans la lignée de As Good As it Gets ou de Matchstick Men, avant de composer la musique de Batman Begins avec son ami James Newton Howard. Un projet de collaboration de longue date qui n’avait pas encore eu l’occasion de voir le jour, et qui se concrétise enfin autour du film de Christopher Nolan. Plutôt que de développer des thèmes héroïques comme l’avait fait Danny Elfman pour les films de Tim Burton, Zimmer et Howard optent pour une approche plus introspective et atmosphérique, qui tente de cerner la personnalité des protagonistes (et surtout un Batman naissant) plutôt que l’action, bien que celle-ci demeure présente dans la musique. Une approche qui en déroutera plus d’un, mais qui s’avère très judicieuse sur les images, faisant du film de Nolan une expérience plus profonde qu’on ne l’aurait imaginé. Fin 2005, il retrouve Gore Verbinski pour The Weather Man (avec Nicolas Cage) et signe une nouvelle musique de comédie dramatique, raffinée et subtile, qui ne connaîtra malheureusement pas les honneurs d’une édition CD. Il participe également à la musique du film Wallace & Gromit : le Mystère du Lapin Garou en tant que producteur musical (le film est produit par Dreamworks), la partition étant confiée à Julian Nott, compositeur habituel du réalisateur Nick Park, créateur de Wallace & Gromit.

En 2006, Hans Zimmer revient sur le devant de la scène avec une partition très attendue pour Da Vinci Code, où il retrouve Ron Howard, quinze ans après Backdraft. Pour le film adapté du best-seller de Dan Brown, Zimmer choisi une nouvelle fois une approche introspective et raffinée, avec des nappes sombres rappelant Hannibal ou Batman Begins. Il intègre également la voix dans sa partition avec des chœurs et quelques chants religieux, amenant sa musique à voguer entre ombres et lumières. Particulièrement inspirée, cette musique est certainement la plus passionnante que Zimmer nous ait offert depuis de nombreuses années.

En 2006, Hans Zimmer retrouve également Gore Verbinski sur Pirates des Caraïbes 2, le Secret du Coffre Maudit, puis signe l'année suivante le troisième opus de la saga, Pirates des Caraïbes 3 : jusqu'au bout du monde. La BO est un franc succès, autant qu'une réussite artistique : Zimmer y achève une thématique solide et joue avec les codes du leitmotiv à l'instar de John Williams dans la saga Star Wars. La construction du score y est exemplaire, même si certains lui reprochent toujours un manque d'inventivité au niveau du son et de l'écriture. Il se charge également en 2007 du score du film Les Simpsons, se contentant de reprendre timidement le thème de Danny Elfman entre deux morceaux de comédie.

En 2008, il continue de composer pour les films en 3D des studios Dreamworks, avec Kung-Fu Panda, co-écrit avec John Powell, puis Madagascar 2. Il retrouve surtout Christopher Nolan sur la suite de Batman Begins : The Dark Knight, qu'il compose une nouvelle fois avec James Newton Howard. La musique est en apparence très similaire au premier opus, mais se veut plus aggressive intérieurement. Le film est un succès énorme au box-office, ce qui contribue à asseoir Hans Zimmer comme l'un des compositeurs les plus "bankables" d'Hollywood.

The Dark Knight permet à Zimmer de concrétiser une démarche de "conceptualisation" de la musique de film, où l'idée d'un ton, d'une voie à suivre, serait préalable au film et aux recherches musicales sur les images. Hans Zimmer est un musicien qui aime se confronter au scénario et aux idées fondamentales des histoires qu'il va mettre en musique, avant même d'imaginer une seule note. En 2009 et toujours un peu dans cette démarche, il signe la musique de Frost/Nixon pour Ron Howard, score de thriller politique sur le fil, très tendu, avec un motif répétifi davantage qu'une mélodie, qui évoque le minimaliste de certaines partitions du genre créées dans les années 70 (on pense à David Shire et Michael Small).

En 2010, il compose une étonnante musique pour le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, en donnant un ton décalé à sa musique, presque humoristique, qui participe pour beaucoup à l'originalité et à la liberté de ton du film. Il retrouve également cette année Christopher Nolan avec Inception.

Si cela fait déjà dix ans qu'il tâte le terrain un peu dans tous les genres après son succès pour Gladiator, comme pour se chercher, Hans Zimmer a l'avantage de ne pas s'être laissé aller à la facilité en écrivant des dizaines de BO identiques. L'éclectisme est toujours une bonne chose pour un compositeur, et même si Zimmer produit encore quelques partitions bancales, il lui arrive parfois quelques coups de génie qui ne sont pas pour nous déplaire. Et quand il reprend ses bonnes vieilles recettes, c'est soit par souci de pure efficacité, soit par souci d'approfondissement de son style (avec ou sans succès). En tout cas, rarement par facilité, même si on peut lui reprocher quelques écueils par moments (Spirit, l'étalon des plaines).

Si son style peut déconcerter de nombreux cinéphiles et amateurs de musique de film, il faut bien comprendre que l'intérêt de la musique de film de Hans Zimmer n'est pas strictement musicale, loin de là. Il avoue lui-même être un piètre musicien, et il a sûrement raison. Ce qui fait l'intérêt de sa musique, et en même temps son génie, c'est son sens de la mise en image, son sens du rythme, son sens de la mélodie associée à une ambiance, un sentiment, une action. Steven Spielberg avoue lui-même que s'il n'avait pas John Williams sous le coude, il prendrait volontiers Hans Zimmer pour ses propres films... L'utilisation de claviers électroniques tout au long de sa carrière, sans passer par l'écriture musicale sur papier, lui a ouvert de nombreuses voies inexplorées dans le genre. S'il n'a pas la technique, il a les idées. Et les bonnes idées, les plus efficaces, les plus pertinentes, les plus justes par rapport aux oeuvres qu'il met en musique. D’ailleurs, Hans Zimmer ne parle presque jamais de sa musique en interview, mais plutôt de l’histoire, du film, du jeu des acteurs. Quand il met en musique un film, il se livre complètement au cinéma, et non à la musique pour elle-même.

Aujourd'hui rebaptisé REMOTE CONTROL PRODUCTION (suite à un différent entre Hans Zimmer et Jay Rifkin, son co-fondateur), l'ex-studio MEDIA VENTURES demeure une pépinière de nouveaux talents (sous la protection de maître Zimmer), et un haut lieu de post-production musicale à Hollywood. Mais avant tout, c'est un lieu de création musicale adapté à l'économie du cinéma actuel, qui met tout en oeuvre pour arriver à un résultat efficace, même si c'est parfois au détriment du statut "d'auteur" du compositeur, puisque certaines musiques de film du studio sont l'addition du travail de 4 à 8 compositeurs (comme ce fût le cas sur Pirates des Caraïbes). Ce qui explique à la fois la redoutable efficacité de ces musiques (Pirates... a connu une belle carrière en CD), mais aussi l'incompréhension de certains puristes accoutumés à un film crédité d'un seul compositeur. C'est pourtant ça, la musique actuelle : le travail de groupe, la complémentarité, pour un maximum d'efficacité en un minimum de temps. Et c'est en partie cela qui a fait le succès de Hans Zimmer et de ses équipes, et qui le maintient en tête des compositeurs d'Hollywood encore aujourd'hui. Après tout, même de grands compositeurs tels que Alfred Newman ou Max Steiner avaient des nègres qui travaillaient pour eux à l'époque des grands studios : les équipes de Zimmer jouent carte sur table, avec simplicité et sans hypocrisie, le travail d'équipe étant une dynamique créative et non un travail de l'ombre. Reste à l'auditeur de faire le tri dans toutes ses productions, de qualité aussi inégale qu'il y a de films à Hollywood.

Source : cinezik.org
Auteur : Sylvain Rivaud


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